Zhong Da 79 : vous êtes sûr que c’est une bonne idée ?
A quel point ce porte-conteneur militarisé est-il sérieux ? Une analyse (sin)OSINT
Cet article, le premier de ce modeste blog, vise à débroussailler le sujet en allant puiser du côté des sources chinoises en complément de celles plus classiques que nous avons l’habitude de consulter lors d’un tel événement. Bonne lecture !
- - - TL;DR - - -
1 . Le porte-container Zhongda 79 est lourdement militarisé : radars divers, systèmes de lancement verticaux (VLS), canon mitrailleurs, leurres… et donc vraisemblablement bâti pour la haute-intensité. Les moyens d’une frégate sur un bâtiment de commerce.
2 . Si les innovations civilo-militaires sont régulières de la part de la Chine, ce porte-container qualifié de « plateformes d’essais de létalité distribuée modulaires » semble témoigner d’une volonté de création massive et rapide de vecteurs combattants consommables. Cette innovation augmenterait la disponibilité des vecteurs principaux de la PLAN et de la CCG, et pourrait procéder d’une stratégie de long-terme.
3 . Malgré les slogans et l’apparente volonté de conteneuriser ces systèmes d’armes pour accélérer la militarisation de navires marchands, le Zhongda 79 est probablement loin d’être opérationnel, ni même un programme officiel de la PLAN.
Tonnerre de Brest ! Au lendemain de Noël, les états-majors et chancelleries du monde entier découvraient sur internet les images d’un porte-container shanghaïais d’apparence tout à fait banale, amarré sur le fleuve Huangpu à quelques encablures du cœur de Shanghai. A ceci près que ce navire de commerce, baptisé « Zhong Da 79 » (中达79号), est équipé de divers systèmes d’armes que le commun des mortels a davantage l’habitude de voir sur des navires de guerre. Le résultat est digne d’un James Bond ou d’un audacieux prompt IA :
Commençons par un bref état des lieux. Vu de tribord, le bâtiment compte cinq baies (rangées) de containers, disposés sur le pont avant, devant l’îlot de pilotage jusqu’à la proue. Ceux-ci sont tous de la même couleur grise floqués d’un logo jaune et du fort poétique slogan « The Chinese Nation's Maritime Rejuvenation and a Community with a Shared Future for Mankind's Maritime Community Plan » (中华民族海洋复兴与人类海洋命运共同体计划). En haut à gauche de chaque container, la mention « Containerized Weapon Module Development Kit » (集装箱化武器模块开发套件) est quant à elle plus parlante. Ces deux inscriptions sont grosses et bien lisibles sur chacun des six containers visibles. De prime abord, elles semblent indiquer une logique d’industrialisation procédant d’une volonté politique. On remarque également l’inscription verticale « MZHYFX » sur les silos, acronyme en pinyin de 民族海域复兴 qui signifie « national maritime rejuvenation »… taquin.
Revenons au navire. On note sur la poupe le port d’attache du navire, la ville de Shantou (汕头), dans la province du Guangdong, et donc assez loin de Shanghai où il se trouve (pour être précis, l’endroit où il est photographié se trouve ici). On distingue également que la jauge de flottaison du navire est relativement émergée, peut-être le signe que le Zhongda est très peu chargé ou que sa cargaison est vide. Une partie du gouvernail semble même visible (NB : n’étant pas un expert, je m’en remets aux analystes ou passionnés pour corriger ou compléter cette intuition).
Côté armement, une rapide recherche sur les réseaux chinois nous aide à déterminer la nature des systèmes qui ornent le Zhongda 79 :
Plusieurs radars sont juchés sur la première rangée de containers, juste devant la superstructure de pilotage. Le blog « 大国知识JU » sur Sina précise que l’un d’entre eux serait le Type-364 qui équipe habituellement les frégates de la PLAN.
Plusieurs sources, notamment sur X, relèvent que ces radars sont de taille disproportionnée par rapport à celle du navire, et estiment qu’ainsi placés devant la cabine de pilotage, ils puissent obstruer la vue des opérateurs (et accessoirement entraver leur propre fonctionnement). Le gros radôme semble d’ailleurs légèrement dépasser du container, ce qui pourrait indiquer une mise en scène grossière de matériels inopérants, voire de maquettes.
A l’avant, un canon mitrailleur de type CIWS (close-in weapon system, ou système d’arme rapproché), en l’occurrence le Type-1130, désignation H/PJ-12 dans l’armée chinoise, assez élégant avec sa robe en alvéoles.
Juste en dessous du canon mitrailleur, deux batteries de leurres thermiques Type-726-4, tournés vers tribord. Entre celles-ci, deux caisses ressemblant à des radeaux de sauvetage, ce qui laisserait supposer un besoin accru en équipage (un blog Zhihu parle de 80 personnes).
Au milieu des rangées 2, 3 et 4 de containers se tiennent dressées un certain nombre d’unités de lancement verticales conteneurisées (VLS). Il pourrait s’agir de H/AJK-16. Quoi qu’il en soit, les observateurs s’accordent sur une estimation d’emport maximal de 60 VLS, rappelant que cela représente les deux tiers de la capacité VLS d’un destroyer Flight I ou II de classe Arleigh Burke américaine.
Pour rappel également, l’APL avait déjà démontré sa volonté de « conteneuriser » les VLS lors du salon de Zhuhai 2022, lors duquel la CASIC avait exposé ce système, désormais connu sous le doux sobriquet « Containerized Sea Defense Combat System », ou CSDCS. Lui-même pourrait être inspiré du « Club-K » russe (usual suspects…), mais gardons à l’esprit qu’Iraniens et Américains ont déjà démontré des ambitions similaires.
J’ai regroupé dans l’encart suivant quelques informations générales à propos du Zhongda 79 :
Zhongda 79
Call sign : BXXK
MMSI : 412469140
Longueur : 97 mètres
Largeur : 16 mètres
Tirant d’eau : 3,3 mètres
Tonnage : 4916 t
Emport max : 225 TEU (Twenty-foot equivalent unit = containers de 20 pieds, ce qui fait de lui un petit porte-container)
Date de construction : septembre 2005
Précédent nom : « Xinjiayuan 218 » (NB : une photo datant de mars 2025 porte toujours ce nom-là ; un autre site indique que ce navire a arrêté d’émettre le 11/04/2025. On peut donc penser que le navire aurait subi ce changement d’identité peu après avril 2025).
Si les sites « classiques » tels que MarineTraffic apportent des informations élémentaires, deux sources sortent du lot :
1. Au cours de mes recherches, j’ai trouvé un équivalent chinois de MarineTraffic que je ne connaissais pas encore, shipfinder.com, de la société chinoise Yihailan Data Technology Co. Ltd. (亿海蓝(北京)数据技术股份公司, anciennement Beijing Elane Navigation Co. Ltd.). L’interface de l’outil est relativement ergonomique et efficace, et bien que je n’aie pas eu le temps de mener des tests sur quantité de navires, les informations ont l’air sérieuses. De prime abord, je constate que ShipFinder contient des infos que MarineTraffic n’a pas (la photo ci-dessus par exemple). Il serait intéressant de creuser cette comparaison, mais quoi qu’il en soit je ne recommanderai jamais assez d’adapter ses sources OSINT en fonction de l’écosystème de recherche (= en l’occurrence utiliser des sources chinoises pour enquêter sur des navires chinois). Concernant les plateformes de suivi de navires, il doit en exister d’autres qu’on pourrait facilement trouver en pivotant sur un IMO/MMSI et quelques mots-clés bien sentis.
2. Une publication Zhihu (l’équivalent chinois de Quora) apporte une quantité surprenante de détails et témoigne de savoirs-faires OSINT intéressants, notamment la géolocalisation de l’image principale et l’utilisation de l’IA Zhida de Zhihu pour écrire son article. Je cite à nouveau cet article de blog plus loin.
Récapitulons : dans cette configuration, le Zhongda 79 semblerait disposer de capacités de reconnaissance autonomes et d’une puissance de feu significative, constituant ainsi un système intégré (系统集成) complet de détection, de défense et d’attaque. En somme, il a les moyens d’une frégate, pour probablement (beaucoup) moins cher et (beaucoup, beaucoup) plus rapide à construire, dans la mesure où il s’agirait de simples containers posés sur un navire de commerce. Grâce à ce système de containers, l’armée chinoise pourrait théoriquement constituer une flotte « consommable » et pléthorique (à elle seule, COSCO dispose par exemple de plus de 500 porte-containers).
On serait donc tenté de résumer ainsi la situation : « le Zhongda 79 illustre la volonté de la Chine de se doter d’une marine asymétrique à la fois économique et massive ».
Dans un premier temps, prêtons-nous donc au jeu et demandons-nous à quel(s) besoin(s) opérationnel et stratégique le Zhongda 79 pourrait-il répondre. En l’occurrence, j’écarte d’entrée de jeu l’hypothèse du « déni plausible » car un tel bâtiment n’a, à mon sens, rien d’ambigu sur le plan visuel. La question se compliquerait évidemment si les concepteurs parvenaient à dissimuler parfaitement ces matériels (ce qui est précisément l’un des objectifs du container), mais (1) cette tâche paraît compliquée compte tenu de la taille de certains joujoux et (2) l’enjeu semble davantage résider dans la composition rapide d’une flotte armée consommable et pléthorique. Cette dernière question divise les observateurs chinois, une partie d’entre eux considérant que le Zhongda 79 permettrait, entre autres, de camoufler les armes et donc de servir un but dissuasif, tandis que l’autre argumente que
« …n’ayant jamais été camouflé dès sa conception et étant destiné à servir de navire de guerre à partir d’un bâtiment civil, il arborerait donc en temps de guerre le pavillon de la marine pour se signaler comme cible légitime » (source : Guancha).
C’est globalement cette deuxième option qui l’emporte : il s’agirait plutôt ici de créer rapidement un grand nombre de « plateformes d’essais de létalité distribuée modulaires » (模组化分散式杀伤测试载台, en anglais « Modular Distributed Lethality Test Platform », abrégeons cela en MDLTP) visant à appuyer une force préexistante, plutôt que d’armer secrètement des bâtiments de commerce dans une logique dissuasive et dénégatoire. Le blogueur militaire « 三叔的装备空间 » qualifie quant à lui le Zhongda 79 de « croiseur auxiliaire » (辅助巡洋舰) servant à vérifier la faisabilité d’une « acquisition rapide de navires en temps de guerre ».
Le blog Sina mentionné précédemment déduit que les équipements le rendraient apte à effectuer des missions de défense côtière (notamment des grandes villes côtières et ZES, comme le note la chaîne Wechat « 航空小筑 »), permettant par exemple de remplacer les systèmes de missiles air-sol HQ-9 sur le segment aérien et les YJ-18 pour la guerre anti-navire. Il va plus loin :
« Avec eux gardant notre foyer, nos principaux navires de guerre (Type 055 et Type 052D) peuvent être libérés de la tâche fastidieuse de la défense côtière et s’aventurer plus loin vers la deuxième chaîne d’îles ou même plus loin pour « raisonner » (讲道理*) avec les porte-avions américains. […]
Il s’agit d’une stratégie sophistiquée similaire à la tactique des “courses de chevaux Tian Ji” (田忌赛马) : utiliser des cargos bon marché pour épuiser vos missiles coûteux, tout en utilisant des vaisseaux capitaux d’élite pour vous couper l’arrière. »
NB : je note l’utilisation euphémistique – et assez drôle – du verbe 讲道理, que l’on pourrait traduire par « [faire] réfléchir à la situation », ou en anglais « to reason things out » pour illustrer le rôle que joueraient les meilleures frégates chinoises face aux porte-avions américains dans l’hypothèse d’un affrontement naval.
Si l’idée d’une démultiplication de la puissance navale chinoise par un appoint civil sur le segment logistique n’est pas nouvelle (on pense par exemple aux ferrys RORO*), elle l’est davantage pour la partie purement combattante. Dans cette configuration, la PLAN constituerait plutôt une sorte de matelas défensif en armant des bâtiments civils pour assurer la défense côtière, tandis que ses navires de guerre, plus aboutis et coûteux, ainsi « libérés » de cette tâche, seraient projetés au-delà de la première chaîne d’île vers des considérations plus offensives.
*Comme expliqué plus haut, j’exclus volontairement la milice maritime dans la mesure où elle sert davantage un besoin de déni plausible dans le cadre d’une stratégie de zone grise ; elle remplace davantage la PLAN ou la CCG plutôt qu’elle ne la prolonge.
L’expert taïwanais Lu Lishih (呂禮詩) relève à ce titre, clichés Copernicus à l’appui, que le 25 décembre (jour de son apparition publique), le « Zhongda 79 » était justement amarré à un quai jouxtant celui du navire d’assaut amphibie porte-drone type-076 « Sichuan » (n° coque 51), lui-même fraîchement revenu de ses essais en mer. Selon Lu Lishih, cette mise en scène illustrerait précisément le concept de « correspondance haute et basse [intensité] » (高低搭配) voulue par la PLAN, entre un porte-drone amphibie dernier cri taillé pour projection et la haute intensité (le type-076) et un navire bon marché, distribuable à grande échelle et dissimulé (le Zhongda 79). Ne résistant pas à la tentation de la formule un peu bancale si chère à la culture chinoise, Lu résume la stratégie chinoise : « capacités intégrées en temps de paix et de guerre, polyvalence, quantité + discrétion » (平戰一體、高低搭配、數量+隱蔽).

Poussant cette logique un peu plus loin, on pourrait imaginer le Zhongda 79 et ses émules jouer un rôle réellement opérationnel, par exemple en tant que navires-leurres qui noieraient par leur supériorité numérique la force ennemie et la pousserait à les attaquer, usant ainsi leurs munitions et dévoilant leur position.
Attardons-nous un instant sur le phénomène de « conteneurisation ». Ce que le Zhongda nous montre aussi, c’est aussi la dimension potentiellement industrielle d’un fonctionnement où la métamorphose d’un bâtiment de commerce en un navire de guerre disposant de systèmes d’armes sophistiqués pourrait se faire un quelques jours grâce à un système portuaire intermodal (largement éprouvé), de surcroît boosté à la 5G et l’IA. Ce fonctionnement « plug-and-play » (即插即用) nécessite une maîtrise de la mise en containers des divers systèmes d’armes, ce qui semble avoir agité les méninges plusieurs labos et industriels chinois, comme en témoigne la vidéo suivante sur Douyin :
Si un tel système plug-and-play est certainement plus difficile à faire réellement fonctionner qu’à imaginer et mettre en scène, le Zhongda semble confirmer que des acteurs chinois continuent activement les recherches dans ce domaine.
J’ouvre deux parenthèses :
1) Il semblerait que le Zhongda 79 ait été partiellement construit dans les chantiers navals de Hudong-Zhongua (沪东中华厂), véritables fleurons de l’industrie chinoise appartenant à la CSSC et berceau de tous les géants des mers de la PLAN (dont le premier porte-avion de conception nationale) et autres COSCO. Ces chantiers ont récemment reçu des mains du Ministère de l’Industrie et des Technologies de l’Information le prix d’« excellente usine intelligente » pour leur intégration numérique avancée. Ce n’est pas pour rien que même notre CMA-CGM y fait construire ses plus grands méthaniers...
2) On commence à en avoir l’habitude, les Chinois ont appris des meilleurs. De la même manière qu’ils ont attentivement suivi les événements de la guerre du Golfe avant d’en tirer des conclusions majeures dans La guerre hors-limites, les stratèges chinois n’ont pas manqué une miette de la guerre des Malouines ayant opposé les Britanniques aux Argentins en 1982, et dont une bonne partie fut navale. Plusieurs blogueurs chinois y font directement référence, arguant par exemple que
« Si l’on examine les recherches britanniques sur la conversion des navires marchands après la guerre des Malouines, on constate que ce qui apparaît sur le Zhongda 79 n’a rien de nouveau ni de surprenant. »
En particulier, l’Atlantic Conveyor, réquisitionné par la Royal Navy britannique au début de la guerre, est cité à plusieurs reprises. Je reste assez dubitatif sur la pertinence de cet exemple dans la mesure où il semblerait que ni le Conveyor, ni aucun autre des navires réquisitionnés, n’ait jamais servi que pour des fonctions support (transport de troupes ou de matos, remorquage, éventuellement base mobile pour Harriers comme illustré ci-dessous), mais pas d’équipement de systèmes de défense active ou passive a priori.
Cette image proviendrait d’un manuel datant des années 1980.
Bref, a priori, rien à voir avec les armes observées sur le Zhongda 79, mais il semblerait malgré tout que les Malouines aient inspiré les Chinois sur le créneau STUFT (ships taken up from trade = réquisition de navires) et plus largement l’emploi de capacités civiles dans la conduite des opérations, ce qui est intéressant en soi.
On se calme et on boit frais
Pour en finir avec le Zhongda 79, notons que les observateurs, chinois comme étrangers, dans la presse et sur les réseaux sociaux, sont en majorité convaincus que la photo résulte d’une mise en scène et qu’il s’agit d’un démonstrateur. Cette hypothèse est aussi crédible que l’assemblage du Zhongda 79 est délirant. En effet, il convient comme toujours d’exercer un doute quasiment cartésien sur toutes les démonstrations chinoises :
Ce n’est pas parce que le Zhongda 79 apparaît qu’il est au point. Il ne suffit pas d’empiler des armes comme des Lego (pour la culture, ont dit 乐高) sur un porte-container pour en faire un bâtiment de guerre. On l’a vu, un certain nombre de détails font douter des capacités réelles des radars et canons exposés. La « conteneurisation » de systèmes de cette taille est également plus facile à dire qu’à faire. A vrai dire, on peut raisonnablement penser que l’amarrage opportun du Zhongda sur les bords du fleuve Huangpu, en plein cœur de Shanghai, vise à lui apporter une certaine publicité voire à manipuler l’opinion adverse.
Avant même de penser à une potentielle « psyops » (néanmoins possible), notons avec plusieurs sources chinoises le timing de cet événement. Le blog Wechat « 迈纳的强哥 » croit voir dans le Zhongda 79 une réponse à la saisie d’un cargo par les US au large du Vénézuela, décrit comme un « acte de piraterie » par la diplomatie chinoise. Une autre se délecte des « tergiversations » de l’US Navy, en référence à l’échec du programme de frégates Constellation (星座), avorté fin novembre 2025 au profit de la nouvelle classe de destroyers Trump.
Gardons également à l’esprit que ce genre de gesticulation est, dans une certaine mesure, destiné à l’audience chinoise : les médias et blogs chinois ont fait leurs choux gras de l’affaire du Zhongda 79, rivalisant de formules patriotiques à la mords-moi-le-nœud et de ricanements à l’encontre d’un Occident qu’ils considèrent dépassé dans son ensemble. A de rares exceptions près, ils sont chauffés à blanc et prompts à commenter de manière bruyamment laudative et peu nuancée les soi-disant progrès effectués par l’APL. Il faut donc pouvoir exercer une lecture critique et prendre du recul dans l’analyse des affaires chinoises basée sur l’OSINT.
Le Zhongda 79 ne résulte pas nécessairement d’une volonté politique : à quel échelon et par qui a-t-il été décidé de produire ce démonstrateur ? Comme parfois en Chine, il pourrait tout à fait s’agir d’un excès de zèle de la part d’un « caporal stratégique » de la PLAN et/ou d’un chantier naval tentant de décrocher un contrat en mode « gros bourrin ».
Même notre ami sur Zhihu (qui appelle d’ailleurs à « abandonner l’illusion d’une fonctionnalité plug-and-play conteneurisée », CQFD) dénonce le « niveau débutant » et les « mauvaises habitudes » des concepteurs du Zhongda 79 (dont, pour rappel, nous ne connaissons pas l’identité) et leur « tendance à la complaisance et leur sentiment fréquent et inexplicable d’autosatisfaction ». Il ne manque plus qu’un « bachibouzouks ! » pour que la réplique soit parfaite.
Conclusion et axes de recherche
Si ce porte-container à la sauce Rambo n’est donc vraisemblablement qu’un démonstrateur placé là pour impressionner, on aurait cependant tort de balayer le sujet d’un revers de la main. Trois thématiques retiennent mon attention et feront peut-être l’objet de publications ultérieures :
Les avancées chinoises en matière de « conteneurisation » ;
L’audace doctrinale en matière d’emploi des forces navales et d’A2/AD (interface entre plateformes civiles et militaires).
Les blogs chinois regorgent de concepts de stratégie maritime tels que « guerre maritime populaire » (海上人民战争) ou « guerre maritime distribuée » (分布式海上作战), ce qui appelle un travail de recherche plus poussé pour en comprendre les implications récentes.
Le brouillage des limites entre domaines civil et militaire, notamment dans le domaine juridique (problématique des STUFT et statut des bâtiments saisis).
Le blog Wechat « AI情报官晋升 » rappelle notamment qu’en juin 2015, la Chine adoptait un nouveau set de normes techniques exigeant des navires civils qu’ils répondent à des exigences militaires (« 新造民船贯彻国防要求技术标准 », voir par exemple Guancha). Ce même blog de déduire que « l’apparition du Zhongda 79 n’est pas fortuite, elle constitue une démonstration technologique s’inscrivant dans cette stratégie à long terme ».
Pour les analystes et osinteurs de tout poil, il conviendra enfin de surveiller les zones où le Zhongda 79 semble être passé en manucure avant sa séance de shooting photo du 25 décembre. En particulier, il semblerait que le navire ait subi l’essentiel des travaux dans les chantiers navals de Longhai, sur les bords du fleuve Jiulong (九龙江) (coordonnées approximatives où le Zhongda aurait été en chantier : 24.43442, 117.86743 ; 24.43476, 117.83952). Si d’aventure d’autres Zhongda venaient à effectuer le même parcours beauté… soukez les artimuses !
Bonus : pour le coin vocab’ cher aux sinophones, voici mon florilège des différents sobriquets déjà attribués au Zhongda 79 :
顶级凡尔赛 = fierté modeste [en anglais « humble brag » qui signifie littéralement « Versailles »] de première classe
海上武库舰 = navire arsenal flottant
火力怪兽 = monstres de puissance de feu
神秘火盒 = boîte à feu mystère













